Capitale
de la Pologne, située de part et d’autre de la Vistule, au centre de
la cuvette mazovienne, Varsovie (Warszawa) est devenue une ville vers
1300 et la capitale du duché de Mazovie vers 1350. Incorporée à l’État
polonais en 1526, elle devient, en raison de la proximité de la Baltique,
capitale du royaume en 1596, par décision de Sigismond III Vasa, qui
abandonne la capitale traditionnelle, Cracovie. On y construit de nombreux
palais dans la première moitié du XVIIe siècle, mais la ville est détruite
par les Suédois en 1655-1656. Reconstruite sous le règne de Jean III
Sobieski, elle souffre beaucoup de la peste durant la guerre de Succession
de Pologne. Les rois saxons l’abandonnent un peu, et c’est Stanislas
II Poniatowski qui lui assure un large développement digne de l’urbanisme
du siècle des Lumières. En avril 1794, le peuple aide les troupes polonaises
à chasser les Russes, puis se défend héroïquement lors du siège de 1795
(le faubourg de Praga est alors incendié et sa population massacrée
par les troupes de Souvorov). De 1796 à 1806, Varsovie est annexée à
la Prusse et, en 1807, elle devient la capitale du grand-duché, puis
en 1815 celle du royaume du Congrès. Elle se développe alors à nouveau,
mais, en 1830, elle donne le signal de l’insurrection contre les Russes.
Après l’écrasement de la révolte, le tsar fait construire une citadelle
aux frais des habitants ; l’Université est fermée. Le chemin de fer
va lui redonner bientôt un nouvel essor et, malgré l’insurrection de
1863, la répression et la russification qui s’ensuit, la cité atteint
276 000 habitants en 1872 et devient un nœud ferroviaire et le relais
du commerce russe avec l’Europe. En 1875, la ville est fortifiée ; sa
population atteint 750 000 habitants en 1903. En 1905, elle prend part
au mouvement révolutionnaire qui secoue l’Empire russe. En 1915, Varsovie
est évacuée par l’armée du tsar et occupée par les Allemands. Devenue
après la Première Guerre mondiale capitale de la République restaurée,
elle joue un grand rôle dans la guerre avec la Russie soviétique ; c’est
elle qui arrête l’Armée rouge. Mais c’est surtout de la Seconde Guerre
mondiale qu’elle souffrira. Bombardée par l’aviation allemande, elle
soutient un siège de trois semaines (jusqu’au 30 sept. 1939). Les nazis
déporteront des dizaines de milliers de bourgeois polonais ; 450 000
Juifs sont enfermés dans le ghetto pour être conduits peu à peu dans
les camps d’extermination ; en avril 1943, les derniers survivants se
soulèvent et le ghetto est rasé. Centre de la résistance nationale,
Varsovie se soulève encore le 1er août 1944 à l’approche des troupes
soviétiques. La bataille dure deux mois, mais les insurgés, faute de
secours (l’Armée rouge est à Prague depuis le 14 septembre), doivent
déposer les armes le 2 octobre 1944. Cent mille personnes sont assassinées
par les Allemands, le reste de la population est déporté et la ville
détruite systématiquement. Les ruines de Varsovie sont libérées le 17
janvier 1945 et la capitale renaîtra rapidement grâce à la volonté du
peuple polonais. Nœud ferroviaire et aérien, capitale martyre de la
Pologne, Varsovie a dépassé sa population de 1938 et compte, selon les
estimations de 1993, 1 644 500 habitants. Mais elle fait figure de complexe
urbain relativement isolé dans le nord-est de la Pologne. Elle affirme
cependant sa suprématie comme place de gestion et de services par la
concentration des organismes supérieurs de la vie politique, administrative
et économique. Elle demeure aussi le premier centre culturel et scientifique,
l’Académie des sciences, ses universités et écoles supérieures, ses
instituts de recherche, la Bibliothèque nationale, l’Opéra, le Théâtre
national constituant les principaux éléments de son rayonnement. Elle
est enfin un grand centre industriel : métallurgie lourde, constructions
mécaniques, industries électrotechniques sont les secteurs clés de l’industrie
varsovienne, mais la chimie, la polygraphie, la confection, les industries
alimentaires jouent un rôle non négligeable. La reconstruction a doté
la ville d’une infrastructure de qualité. La Vieille Ville (Stare Miasto),
reconstruite, jouxte le centre fonctionnel moderne qui s’articule sur
deux grandes avenues. De grandes voies de dégagement recoupées par des
transversales rayonnent à partir d’une rocade qui ceinture le centre
depuis le pont de Gdansk au nord jusqu’à celui qui a été édifié au sud
du pont Poniatowski. Malgré un souci d’équilibre et une répartition
égalitaire des équipements, les « beaux quartiers », avec une partie
des ministères et des ambassades, s’étirent le long de l’escarpement
de la Vistule et au nord de Nowe Miasto (Zoliborz au cadre champêtre
très agréable). Les extensions les plus importantes se situent au sud-ouest
en direction de lodz, au sud, où se construisent de grands ensembles
résidentiels, ainsi que sur la rive droite, au-delà des vieux quartiers
dégradés de Praga, en liaison avec les activités industrielles.